UNE PAGE DE LA MAIN DE CHATEAUBRIAND

Ce livre dont la dernière page est manuscrite date de 1811 et relate le voyage de l'auteur en Grèce./ Photo DDM, N.E.
Ce livre dont la dernière page est manuscrite date de 1811 et relate le voyage de l’auteur en Grèce./ Photo DDM, N.E.
Victor Hugo disait : «Je veux être Chateaubriand ou rien». Grand nom de la littérature française, Chateaubriand a inspiré bien des plumes. Mais c’est aujourd’hui la marque de la sienne, manuscrite, que l’on découvre avec surprise. Dans une édition de son célèbre «Itinéraire de Paris à Jérusalem» parue en 1811, on retrouve, page 277, la fin du texte écrite de la main même de Chateaubriand.
 André Furlan, président de l’association William Blake et «responsable», dit-il, de ce livre, le manipule avec précaution. Trésor culturel, abîmé par le temps, qu’il n’ose toucher qu’avec des gants tant cette découverte semble l’émouvoir. Il dévoile la dernière page où est encrée cette écriture d’un autre temps.

«C’est un livre très rare qui raconte un voyage qui l’a beaucoup marqué», assure André Furlan. Ce voyage, c’est celui que l’écrivain entreprend en juillet 1806. Il décide alors de retrouver les paysages qu’il avait déjà dépeints dans «Les Martyrs» afin de publier un récit de cette épopée vers la Terre Sainte. Son itinéraire le conduit en Italie, en Grèce, en Turquie, en Palestine et en Égypte avant de repartir vers Algésiras puis de rentrer en France. Son voyage s’achève en juin 1807 et donne naissance à un récit en trois volumes qui se heurtent au mur de la censure impériale. «Chateaubriand est contre le régime en place à l’époque. Et dans ces récits, surtout celui de la Grèce, il y a des évocations d’indépendance, de libération. Et le régime en place avait tout simplement peur que ça donne des idées».

Un voyage qui tient à cœur

Le président de l’association désigne la première page dont le titre est également manuscrit. «Ce livre, c’est le premier tome et il est exclusivement consacré à son séjour en Grèce». Dans la page 5 de son journal personnel, Chateaubriand expliquait d’ailleurs combien le manuscrit de son voyage à Jérusalem était important. «Il disait avoir détruit tous ces manuscrits sauf celui-ci pour lequel il écrivait : Je n’ai pas eu le courage de le brûler parce qu’il ressemble trop à toute ma vie», raconte André Furlan.

«Ce qui est intéressant, c’est qu’on a là un écrit manuscrit où il s’applique et il rajoute la page manquante de ce livre auquel il tient considérablement». Les dires d’André sont confirmés par ces lignes que Chateaubriand semble avoir tracées pour que son texte soit droit. «La question c’est : pourquoi cette dernière page existe ? Ce livre semble avoir subi des dommages. Alors soit il le corrige parce que c’était pour un ami, ou un livre personnel, ou peut-être pour le donner. À ce stade, c’est de la spéculation».

Une écriture déterminée

Ce précieux livre qui appartenait autrefois à Anatole Faugère-Dubourg, ancien maire de Nérac, a fait l’objet d’une analyse graphologique qui ne laisse planer aucun doute. «J’ai de l’expérience parce que j’ai travaillé avec des grands experts. Et là, c’était relativement facile, j’ai la provenance du livre, la date et j’ai réussi à avoir pas mal d’exemples de différentes périodes et différents styles de textes manuscrits. Il y a aussi l’étude de l’encre. Tous les paramètres se rejoignent», affirme André Furlan.

L’écriture de Chateaubriand est d’ailleurs reconnaissable sur bien des aspects selon le président de William Blake.«Il a une écriture déterminée. Il appuie vraiment sur la plume à la fin, on voit très bien où il termine les lettres. Et il y a les accents qui sont des petites pattes. Son écriture au fond, c’est aussi le reflet de sa personnalité», conclut André Furlan.

Ce dernier, qui se dit modestement «propriétaire de rien mais seulement responsable» de ce patrimoine culturel, aimerait d’ailleurs présenter ce livre au public quelques jours. Les dates et l’endroit sont à confirmer.


Le texte manuscrIT

À mesure que nous nous éloignons, les colonnes de Sunium paraissaient plus belles, au-dessus des flots, on les apercevait parfaitement sur l’azur du ciel, à cause de leur extrême blancheur et de la sérénité de la nuit. Nous étions déjà assez loin du cap, que notre oreille était encore frappée du bouillonnement des vagues au pied du roc, du murmure des vents dans les genévriers, et du chant des grillons qui habitent seuls aujourd’hui les ruines du temps : ce furent les derniers bruits que j’entendis sur la terre de la Grèce.

En italique, la partie manuscrite qui apparaît en dernière page du livre.