Sébastien Denis

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Guitariste , chanteur et compositeur.

« L’auto-interview biographique »

Sevio ma première question est simple. Pourquoi une interview  et non pas une biographie comme cela se fait généralement ?

Je fais des chansons. Il me semble que c’est suffisant. Si la « bio » est une étape obligée pour les professionnels, je ne vois pas en quoi cela intéresse le public de savoir avec qui j’ai joué, avec qui j’ai collaboré. Dire que je viens d’une famille de musiciens par exemple n’assure pas de la valeur de ce que je fais actuellement, non ? Et puis je trouve qu’il y a beaucoup d’impudeur à étaler ce que l’on a fait, à se retourner vers le passé. Le danger, comme pour les CV, c’est de « farder la vérité », de grossir le trait. Et dernier point : une biographie à mon âge, qui n’est pas canonique quand même, est un peu idiot je trouve. Donc je préfère l’interview.

Bon, mais tu es fier de certaines collaborations, de certains projets quand même ?

Fier, ce n’est pas le terme. Je suis heureux d’avoir accompagné telle chanteuse ou tel chanteur dans des bars ou des salles minuscules. Je suis heureux quand je parfais mon jeu de guitare flamenca à Séville ou Cordoue et que j’ai le sentiment de progresser.
Mais je ne me considère pas comme un super musicien. Heureux de partager des moments d’émotions quand je crée un groupe avec tel musicien en fusionnant le flamenco et le blues par exemple. Je suis heureux quand je collabore avec des artistes internationaux.
Heureux quand une maison d’édition m’accorde sa confiance : pour un temps au moins !
Et puis les plus beaux projets sont ceux à venir.

C’est clair même si c’est facile comme réflexion. Tu viens d’évoquer la notion de « partage ». Est-ce que c’est important pour toi ?

C’est essentiel dans la musique. Même si le mot est galvaudé aujourd’hui, y compris dans la musique. Plus notre société devient individualiste plus on utilise le mot. Je trouve cela paradoxal. Regarde les réseaux sociaux. C’est le partage, le partage partout.
On partage même la photo de ce qu’on a mangé le soir, même ses humeurs de l’instant… Or, il me semble que les réseaux sociaux sont le règne de l’individualisme : on fait son autopromotion, on fait des selfies,… On nous ordonne même de partager « si tu es un ami, partage;»…. (Rire).

On se connaît un peu. Je sens ton côté rebelle, révolté dans cette réflexion.

Un peu oui. Mais c’est vrai que mes compositions essaient de capter l’air du temps. Je suis étonné parfois de la tournure que les choses prennent. Alors je m’amuse des travers de notre société. Parfois mes paroles sont plus graves et les sujets abordés aussi. Mais je n’aime pas traiter un thème de manière frontale. Et puis, il y a aussi des compos plus optimistes, lyriques. Il ne faut pas baisser les bras quand même !

Bon et les nouveaux projets alors ? Tu peux nous en dire plus ?

Actuellement, j’écris et compose des chansons. C’est un exercice que j’apprécie. Je te coupe. Ecrire c’est un peu la base de ta formation universitaire. Tu étais prof d’histoire et tu as fait une thèse de doctorat quand même.

Exact. Mais l’écriture de L’itinéraire politique du surréalisme entre deux guerres (je reprends mon souffle) à travers les tracts et déclarations collectives (il y avait même un sous-titre ! rire) n’est pas le même exercice que d’écrire des paroles.
Une chanson c’est autre chose. J’apprends un peu plus chaque jour. Je te disais que j’aime écrire. Je le fais pour les autres. L’idée de me mettre au service d’un artiste me plaît, d’être dans l’ombre me convient. Peut -être par timidité. Auteur ou compositeur, c’est déjà pas mal. Je laisse aux autres le soin de l’interprétation. C’est dans le métier ce que l’on appelle du Publishing. Et puis c’est une façon d’être diffusé. Le pire dans ce métier : c’est l’indifférence.

Et être en avant, dans la lumière ?

S’il faut défendre mes textes pourquoi pas. Mais ce n’est pas mon but. Réellement. Chacun à sa place. Le danger c’est de croire que l’on est bon dans tous les domaines : auteur, compositeur, interprète. Il y en a très peu qui possèdent l’ensemble de ces qualités. Dernière question : est-ce que les termes de « chansons à texte », de « chansons d’auteur », qualifient le mieux ton travail ?

Pourquoi pas. Mais j’en ai marre de ces catégories. Une chanson a par définition un auteur et a un texte même si c’est parfois abyssal. J’essaie d’être un conteur d’histoire, un raconteur. J’essaie de donner du sens, tout en prenant l’humour ou l’ironie comme angle d’attaque. Parfois ça marche, parfois c’est mauvais. Le plus dur c’est de s’apercevoir que c’est mauvais. Alors on revoit sa copie.


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